Conseil Municipal Colmar du 19.09.16 – intervention de Victorine Valentin relative à l’enseignement religieux

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Rapport n°21 : MOTION POUR LE MAINTIEN DU REGIME ACTUEL DES COURS D’ENSEIGNEMENT RELIGIEUX EN ALSACE MOSELLE

WS6A0985Monsieur le Maire, cher-e-s collègues,

LA MOTION que vous nous proposez de voter termine par ces mots :
« Par ailleurs, dans la période actuelle, alors qu’il faut lutter contre le renfermement communautaire et religieux, l’enseignement religieux dans les établissements publics constitue un atout pour permettre une ouverture d’esprit des élèves et pour lutter contre les préjugés ou la crainte de différences, nées de la méconnaissance des autres cultes et autres cultures. »

En ce qui nous concerne nous pensons tout au contraire qu’il faut que les lois laïques* s’appliquent à l’ensemble du territoire national, et donc également en Alsace et en Moselle où sont toujours en vigueur des dispositions législatives particulières, à savoir la loi Falloux de 1850 (et non loi Jules Ferry) pour le système scolaire public.

En effet, ce sont les lois Falloux et des textes édictés par le Reich entre 1871 et 1919 qui régissent l’organisation de l’enseignement religieux dans les écoles d’Alsace et Moselle et non le Concordat de 1801 comme on le dit trop souvent.

Quelle que soit leur origine d’ailleurs, le maintien de ces exceptions donne lieu à des situations aberrantes. En effet, dans les écoles élémentaires publiques d’Alsace et de Moselle, l’enseignement obligatoirement dispensé dans le cadre des horaires officiels comprend le catéchisme de l’une des religions « reconnues », alors qu’est affichée, dans chaque classe, la Charte de la Laïcité qui énonce clairement l’obligation de neutralité à l’égard de toutes les conceptions métaphysiques.

Que dit le Conseil d’Etat ?
Il a jugé que l’obligation d’assurer un enseignement religieux constituait une règle de valeur législative en précisant : “l’obligation en cause est celle pour les pouvoirs publics, d’organiser un enseignement de la religion pour chacun des cultes reconnus en Alsace-Moselle” et non pas l’obligation pour les élèves de suivre cet enseignement !
Nous soutenons par conséquent la demande de l’Observatoire de la Laïcité, demande qui a amené le Premier Ministre à préconiser que les élèves qui ne souhaitent pas suivre un enseignement religieux ne soient plus tenus de demander une dispense.

En effet, la modification préconisée, qui veut que la participation à l’enseignement religieux fasse l’objet d’une démarche volontaire et d’une organisation hors du temps scolaire, va dans le sens du respect des principes constitutionnels de liberté de conscience, de neutralité et d’égalité.

La liberté de conscience car le fait de demander aux parents de déclarer leur religion avant d’inscrire leur enfant ou non à l’enseignement religieux est contraire au respect de la vie privée et de la liberté de conscience.

Quant à l’égalité, elle n’est pas respectée par l’enseignement religieux à l’école puisque des enfants musulmans sont majoritaires dans certaines classes, c’est le cas dans des classes colmariennes, mais leur religion ne fait pas partie de celles « reconnues » par les textes.

D’ailleurs, de quoi parlons-nous ? D’enseignement religieux ou de catéchisme ** ? Ces cours sont assurés parfois par les ministres des cultes, plus souvent par des « professeurs » plus communément appelées « dames de religion car se sont souvent des femmes, formées par les autorités religieuses, et rémunérées sur le budget de l’Education Nationale,..

Pour éclairer encore mon exposé, voilà quelques chiffres :
En 2010 :
– 63% des élèves suivaient l’enseignement religieux dans le primaire
– 30% des collégiens et seulement 14% des lycéens ;
et ces chiffres sont en constante baisse depuis cette date à laquelle il y avait 834 intervenants dont 668 catholiques, 172 protestants et 3 juifs.

Ces chiffres entraînent des difficultés déjà tout simplement pratiques pour les directeurs d’école qui doivent organiser ces heures de religion avec quelques enfants par classe (parfois 5 ou 6 sur 25, mais il arrive qu’il n’y ait que 2 ou 3 enfants), des groupes formés par un regroupement, ce qui pose d’énormes problèmes de discipline pour des gens uniquement formés au catéchisme ; et des occupations de salles pour quelques enfants, alors que pendant ce temps des classes presqu’entières doivent aller travailler en bibliothèque ou au gymnase…

Que penser par ailleurs de l’obligation qui a été créée de recevoir un complément d’enseignement moral pour les dispensés de « religion » en Alsace Moselle ? Cette obligation n’enlève rien au facteur d’inégalité puisque, que ce soit par ce biais là ou du fait de l’enseignement religieux, ce sont tous les enfants scolarisés en Alsace, Moselle qui sont privés de 180 heures de cours par rapport à l’enseignement dispensé sur le reste du territoire national.

Pour finir, on ignore ou on fait semblant d’ignorer le brassage des populations, des cultures et des religions depuis 1801 ! On se retranche derrière des exceptions et des réglementations totalement anachroniques pour une région qui se présente comme une terre de rencontre. Nous voulons pour nos enfants « le droit à la différence mais pas de différence de droits ». (pour paraphraser Roland Ries) !

Nous sommes donc pour que le catéchisme, de quelque doctrine que ce soit, soit exclu de l’école publique conformément aux exigences des lois républicaines de Jules Ferry. Si la mise en place d’un enseignement de culture inter-religieuse peut, quant à elle, représenter un véritable « atout pour permettre une ouverture d’esprit des élèves et pour lutter contre les préjugés ou la crainte de différences, nées de la méconnaissance des autres cultes et autres cultures. » atout mis en avant par votre motion… cela ne peut l’être qu’à condition qu’elle se fasse dans toutes les écoles publiques, sur tout le territoire national.

Que ce soit à la plage, sur les places, dans les rues ou à l’école ; comme l’a clamé Victor Hugo à la tribune de l’assemblée lors de la discussion des lois Falloux le 15 janvier 1850 : »En un mot, je veux, je le répète, ce que voulaient nos pères, L’EGLISE CHEZ ELLE ET L’ETAT CHEZ LUI ! »

Nous voterons donc contre votre motion.

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