Réfugiés syriens : Victorine Valentin et Julien Ernst répondent à Gilbert Meyer

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1473012_242190432613322_299257971_n Vous trouverez en pièce-jointe la réponse envoyée samedi le 12 septembre à Monsieur Gilbert Meyer, maire de Colmar, suite à sa prise de position sur la question des réfugiés syriens et plus particulièrement de leur accueil dans la cité colmarienne.

Monsieur le Maire,

Nous avons bien reçu votre communiqué à propos de la situation de ce que vous appelez « la question des migrants » et nous nous devons de répondre à un certain nombre des points que vous abordez.

En tout premier lieu, vous dites que « les options prises, quelles que soient les variantes, n’apporteront aucune solution pérenne à ces exodes ». Il s’agit pour l’Union Européenne d’accueillir des personnes et des familles fuyant les guerres et les persécutions. Or, les pays de l’Union Européenne se doivent d’accueillir ces personnes au titre de l’asile, dès lors que ces mêmes pays sont signataires de la Convention de Genève. Il ne s’agit donc pas « d’inventer des solutions » mais d’appliquer le Droit, qui est certes différent d’un pays à l’autre mais qui repose sur un socle commun issu des directives européennes directement applicables dans les pays de l’Union et qu’ils se doivent de transposer.

Vous dites par ailleurs que « ne pas pouvoir faire la différence entre le demandeur d’asile et la population migratoire va nous conduire dans une impasse ». Vous voulez sans doute parler de la différence entre la demande d’asile et l’immigration économique (qui sont les deux termes adaptés). Effectivement, il convient de distinguer les demandeurs d’asile et les migrants pour raisons économiques, puisqu’il s’agit de traiter les deux situations selon des procédures bien distinctes.

Le souci est que le « tri » puisse s’effectuer par des organismes indépendants sur le plan institutionnel et respectueux des droits des migrants, ce qui doit absolument être prévu dans les « hot spots » que la Commission souhaite installer dans les différents pays de l’Union. Il conviendra donc d’être vigilants sur cet aspect puisqu’un demandeur d’asile est un justiciable de l’ordre public international et qu’il a droit, comme tout justiciable d’ailleurs, à ce que son cas (s’il peut, ou non, se prévaloir d’une protection) soit jugé par des institutions indépendantes.

Vous utilisez l’argument du prix que les migrants payent aux passeurs « pour une population qui est miséreuse comment comprendre qu’un migrant puisse payer des passeurs entre 3000 et 6 000 € » pour affirmer que cette immigration est provoquée par certains. Ce qui provoque cette crise, ce sont les guerres, l’insécurité et les souffrances endurées. Personne ne quitte son pays dans des conditions épouvantables, au risque de sa vie, s’il n’y est pas acculé. En revanche, il est vrai que de nombreux migrants qui arrivent sur les terres européennes font très souvent partie des classes supérieures dans leur pays d’origine (médecins, journalistes, informaticiens) car ce sont eux qui ont les moyens de payer les passeurs et d’autres ont obtenu l’argent parfois grâce à la cotisation de toute leur famille.

Il ne s’agit donc pas, contrairement à ce que certains tentent de faire croire, d’accueillir « la misère du monde » qui se déverserait sur nos terres. Les plus « miséreux » sont massés dans des pays comme le Liban et la Turquie qui accueillent bien plus de réfugiés que toute l’Union Européenne !

Concernant le cas particulier de Colmar, vous dites que, puisque « les logements sociaux dépassent 30 %, (la) ville participe déjà très fortement à l’accueil des populations migrantes ». Les locataires des bailleurs sociaux sont, pour beaucoup, français et, lorsqu’ils sont étrangers, il s’agit forcément de personnes ayant un titre de séjour. Enfin, quelle que soit la proportion des immigrés qui occupent lesdits logements (il ne nous semble pas qu’on puisse tenir légalement des statistiques selon l’origine des locataires), la question n’est pas là.

En effet, la problématique qui occupe actuellement l’Union Européenne est, nous le répétons, l’accueil des demandeurs d’asile, personnes qui, dans l’attente de l’issue de leur procédure doivent être hébergées dans des centres d’accueil pour demandeurs d’asile (CADA). Par conséquent, ce qui est demandé aux élus, dont vous-même, ce sont des locaux d’accueil de ces demandeurs d’asile pour suppléer les CADA. Il n’est donc pas question, pour l’heure, de les héberger dans des logements sociaux. Lorsque cela s’avèrera nécessaire, en tant que Président de la CAC, que ferez-vous pour que les villes qui la composent et qui n’ont pas atteint leur quota de logements sociaux se mettent en conformité avec la Loi ?

Vous dites également que « tout accueil suppose une occupation professionnelle à proposer ». Vous savez que les demandeurs d’asile n’ont pas la possibilité de travailler avant l’obtention de leur titre de séjour qui intervient en général un an après leur arrivée sur notre territoire national. A ce moment-là, les qualifications ou pour le moins la volonté des migrants sont telles que cela permettrait de répondre à des besoins d’embauches dont certains sont non satisfaits actuellement dans des secteurs dits « en tension ». Enfin, vous n’êtes pas sans savoir que la France est devenue l’un des pays les moins accueillants des grands pays de l’Union Européenne ! Cela peut réjouir ou chagriner, mais ce sont les constats de l’OCDE.

Nous ne comprenons pas non plus votre affirmation suivante : « dans la pratique locale de l’immigration, il est nécessaire de tenir compte des regroupements familiaux acceptés » puisque le regroupement familial n’a rien à voir avec la demande d’asile où, effectivement, les familles ne peuvent pas être séparées.
Nous le répétons : ce qui préoccupe actuellement les gouvernements de l’Union Européenne, quelle que soit leur orientation politique, c’est un afflux de demandeurs d’asile qui sollicitent une protection internationale et qu’il n’est pas possible de refouler ; non seulement en raison des valeurs qui sont les nôtres, mais également au nom du droit fondamental issu de la Convention de Genève.

Il ne s’agit pas de verser une somme sur un fonds national (comme vous le suggérez en conclusion) pour renvoyer le problème sur « des territoires moins engagés » mais bien de faire notre part, dans le respect du Droit. Nous savons pouvoir compter sur la générosité de la population colmarienne pour que la solidarité ne s’arrête pas, comme le nuage de Tchernobyl, juste au-dessus du Rhin. Freiburg : 500 réfugiés accueillis bras ouverts ; Colmar : 0 ?

Veuillez agréer, Monsieur le Maire, l’expression de nos sentiments distingués.

Cliquez pour consulter le courrier de réponse à Gilbert Meyer sur la question de l’accueil des réfugiés syriens

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