Conseil Régional Alsace – Intervention de Victorine Valentin du 20 décembre 2013 relative aux politiques de formation professionnelle

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422151_349428501748104_995594496_n Monsieur le Président, Chers collègues,

Je souhaite à nouveau cette année féliciter les services pour le travail et l’effort de clarification qu’ils ont fait sur ce rapport.

En ce qui concerne la formation professionnelle continue, pour la première fois depuis le début du mandat, les crédits augmentent cette année de 1.8%. Nous sommes loin toutefois de rattraper le retard accumulé depuis le début de la crise. Alors qu’entre 2008 et 2013, le chômage a augmenté en Alsace de 65 % toutes catégories confondues, le budget régional, quant à lui, est passé de 67M€ à 51 M€ !! Vous avez annoncé hier, Monsieur le Président, – 50 M€ de mauvaises nouvelles de la part du Gouvernement… Or, à lui tout seul, votre budget Région de la formation professionnelle continue annonce donc -16 M€ de mauvaises nouvelles depuis 2008. Il est contestable de voir que le cœur de compétence de la Région a été à ce point négligé pendant toutes ces années et nous sommes clairement là, Monsieur le Président, face à l’échec majeur de votre majorité.

Il y a deux réflexions à porter aujourd’hui selon moi sur la politique régionale :

La première est que la Région se substitue parfois aux devoirs des entreprises sur des formations de base. En effet, lorsque les heures d’applications pratiques en entreprises sont prises en charge par la Région (dans les budgets pédagogiques), il y a le risque que ces heures soient détournées de leur objectif de formation pour devenir des heures de mise à disposition d’un personnel « gratuit » pour des entreprises qui en transfèrent la responsabilité sur la Région. (Cf. action de formation qualifiante « agent de propreté et d’hygiène pour des bénéficiaires du RSA ». Sur 525 heures prises en charge, 140 sont des heures d’application pratique en entreprise, soit environ 27 %). Nous vous demandons la plus grande vigilance sur la construction des offres de formation afin que les heures prises en charge soient réellement des heures de formation destinées à faire progresser les demandeurs d’emploi ou les salariés en formation.

La deuxième réflexion est que la Région doit être particulièrement vigilante sur la définition et l’accompagnement de l’offre de formation territoriale. Cette tâche de la plus haute importance pour la réussite des dispositifs, ne doit pas être abandonnée aux mains des représentants des branches professionnelles, car même s’ils poursuivent des objectifs tout à fait honorables, ces derniers ne peuvent pas avoir la vision et la connaissance territoriale des enjeux, ni proposer une réponse, nécessairement globale et équilibrée, aux problèmes de la formation professionnelle.

Cet effort de prospective, que nous demandons depuis plusieurs années et que nous voyons émerger dans le présent rapport, doit être consolidé, et même s’il doit être fait avec les représentants des branches professionnelles, de Pôle Emploi, des Missions Locales et de tous les experts qu’on voudra bien consulter, il est et doit rester de la seule responsabilité de notre collectivité.

Concernant la formation à l’Allemand et la formation transfrontalière, par exemple, pourquoi la Région, qui a la charge du développement économique, ne s’intéresserait-t-elle pas à la relocalisation des industries allemandes en Alsace ou, en collaboration avec le pays du Bade Wurtemberg, au moyen de faire venir les entreprises allemandes sur notre territoire ? L’Allemagne possède des usines et les offres d’emploi… et avouons-le, nous avons tendance à envier cette richesse… Pourtant, nous avons une richesse que l’Allemagne nous envie : c’est notre vitalité démographique. Cette vitalité démographique, c’est notre politique familiale – et donc nos impôts – c’est notre organisation d’accueil des enfants – et donc les investissements de nos collectivités – qui l’ont permise. Soyons-en fiers et ne la bradons pas… Je ne suis pas naïve, je connais les implications de cette demande, mais vous connaissez l’adage…ils l’ont fait parce qu’ils ignoraient que c’était impossible. Donc, riche de notre position centrale en Alsace, de nos fondamentaux, de nos infrastructures routières, ferroviaires, fluviales, de notre main-d’œuvre… la Région devrait pouvoir lancer ce grand chantier pour changer de paradigme.

Bien sûr, pour ce qui est fait actuellement dans le domaine des formations en Allemand et des formations transfrontalières ; nous convenons qu’il s’agit d’une mesure urgente et importante. Mais j’invite la Région à se poser des questions sur sa viabilité dans le temps. Si on comprend bien aujourd’hui la nécessité de connaitre l’allemand pour travailler en Allemagne, le public concerné s’est souvent éloigné rapidement du système éducatif et n’est pas forcément en mesure d’acquérir un allemand suffisamment développé pour travailler chez nos voisins, dont le degré d’exigence est élevé. De plus l’exigence de mobilité va peser sur ces salariés les plus modestes, au risque d’aboutir à leur abandon et pour la Région de devoir recommencer à former de nouveaux demandeurs d’emplois, nous réduisant ainsi à remplir le tonneau des Danaïdes. L’accompagnement est donc essentiel pour ce public, en sus de la formation à proprement parler, et Jacques Fernique l’a déjà dit concernant les apprentis en formation initiale.

On voit bien par conséquent que, pour être efficaces, il faut également renforcer la coordination entre formation initiale et formation continue.

En conclusion, Monsieur le Président, Madame la Présidente de la Commission, nous voterons CONTRE ce budget parce que, même s’il donne cette année des gages d’avancée sur les sujets de prospective territoriale et fait des efforts de clarification des compétences régionales, il ne réaffirme pas suffisamment, a fortiori dans le contexte économique actuel, la priorité que nous souhaitons donner à la formation professionnelle continue.

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