Budget Région 2012 : intervention de Victorine Valentin (2)

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Groupe Socialistes et Démocrates
BUDGET PRIMITIF 2012 – Formation Professionnelle Continue

Monsieur le Président, Madame la Présidente de la Commission, Chers Collègues,

Le budget de la formation professionnelle continue accuse une baisse sévère de près de 6 millions d’€uros, qui représente 10.1 % de son budget, alors qu’il s’agit là d’une des compétences principales de la Région. Cette baisse dramatique intervient pour la deuxième année consécutive et nous avons perdu plus de 12 M€ de budget en deux ans alors que la situation économique est alarmante. On doit d’ailleurs mettre en parallèle cette baisse de moyens avec celle administrée au budget « économie /emploi » qui diminue de 3.6 M€ et de 12.5 %.

Je vous rappelle le postulat de base cité dans le rapport : « La formation doit pouvoir (…) jouer son rôle dans l’accroissement de la productivité, dans la maîtrise des nouvelles techniques, dans l’adaptation aux changements qualitatifs du monde du travail et de la gestion des compétences (…) doit constituer un des outils majeurs de lutte contre le chômage ».

Pour qu’elle puisse remplir ce rôle, la formation professionnelle a besoin d’un déploiement équilibré sur tout le territoire et de moyens financiers et humains qui ne peuvent être revus à la baisse alors que les demandeurs d’emploi sont de plus en plus nombreux dans la Région
(+ 3.1 % à fin octobre) et que le chômage de longue durée progresse de 2 % avec 42 799 demandeurs depuis plus d’un an fin octobre. Ce contexte social très difficile doit nous interpeller !

La rigueur budgétaire tient aujourd’hui lieu de seul credo pour vos politiques publiques. Elle sacrifie les demandeurs d’emploi et les salariés auxquels vous ne pouvez pas, dans ces conditions, garantir l’accompagnement en formation professionnelle tout au long de la vie. Personne (et pas même votre groupe) ne peut croire que l’on puisse mener une politique de développement économique volontariste et une politique de formation professionnelle continue efficace avec des moyens sabrés de la sorte. Il y a donc un grand écart entre les intentions de la loi du 24 novembre 2009 [relative à « l’orientation et à la formation professionnelle tout au long de la vie »], sa mise en musique par le CPRDFP, et la triste réalité.

Il est impératif de mettre en place des moyens financiers et humains suffisants et équilibrés sur tout le territoire. Pour cela, nous appuyons la demande du CESER qui rappelle dans son avis qu’il préconise toujours (c’était déjà le cas dans son avis de novembre 2010) la mise en place d’une « maison de l’orientation » par bassin d’emploi, la création d’un site internet régional ainsi que la formation des acteurs de la formation.

Nous avons aussi d’autres propositions et attentes, mais qui n’ont toutes qu’un seul et même but : tout mettre en œuvre pour accompagner les salariés dans leur parcours professionnel et les demandeurs d’emploi dans l’orientation et le retour à l’activité professionnelle. Nous vous en énumérons quelques unes. Ainsi, nous suggérons

– que l’on organise des assises régionales de l’emploi, où les partenaires sociaux, les entreprises, les représentants de pôle emploi et des missions locales, les responsables des différentes branches pourront échanger sur leurs attentes, les freins à lever, les organisations à mettre en place en synergie pour assurer le maximum d’efficacité aux actions menées par les uns et les autres ;

– alors que l’on vient de signer un SDTAN Alsace (schéma directeur territorial d’aménagement numérique du territoire) : que l’on mette à profit des périodes de chômage partiel dans les entreprises en difficulté pour procéder à un bilan des connaissances et si besoin à une mise à niveau en informatique des salariés qui, tôt ou tard, seront confrontés, pour faire leur recherche d’emploi et / ou pour assurer leur reconversion, à la nécessité d’utiliser, voire de maîtriser l’outil informatique. Beaucoup d’entre-eux, parce qu’ils sont les moins qualifiés et les moins équipés personnellement, craignent le simple fait de se retrouver devant un ordinateur ;

– toujours à partir du schéma directeur d’aménagement numérique du territoire, que l’on dresse avec les très petites entreprises, les professions libérales et tous les utilisateurs potentiels, un état des lieux des besoins en secrétariat, comptabilité et gestion de centre d’appel afin d’impulser la création de plateformes territoriales de services qui pourraient regrouper les offres et occuper des salariés en temps partagé, voire par le télétravail ;

– puisque 60 % des destructions d’emploi concernent des emplois intérimaires (donc précaires), nous préconisons la création d’une structure qui assure la formation professionnelle continue des salariés de l’intérim pour coordonner les parcours, harmoniser les formations, assurer leur adéquation aux demandes des branches ;
– nous souhaitons que l’on fasse un bilan très pointu des dispositifs d’aide aux entreprises dans leur plan de formation afin qu’elles ne constituent pas un effet d’aubaine pour financer les formations obligatoires de leurs salariés, mais qu’elles soient bien utilisées aux fins d’accompagner les populations les plus fragiles afin d’assurer leur adaptation à de nouvelles technologies, leur reconversion ou leur recrutement. Enfin, que ces aides soient accompagnées d’une obligation de résultat en termes de maintien ou de création de postes.

Nous aimerions également, par exemple, que la Région

– se préoccupe des demandeurs d’emploi seniors et de très longue durée en mettant en œuvre des actions spécifiques en direction de ces publics, mais aussi qu’elle

– mette en œuvre une mission égalité femmes – hommes pour laquelle elle devrait dégager un budget propre et qu’elle

– mette en place des procédures d’évaluations qualitatives et quantitatives prenant en compte le suivi de la réalisation de la clause sociale dans les territoires.

Pour finir, Monsieur le Ministre-Président, vous pourriez personnel-lement manifester un soutien fort au bilinguisme, dont l’intérêt n’est plus à démontrer y compris dans le domaine de la formation professionnelle, en demandant à l’Etat de ratifier, enfin, la charte européenne pour les langues régionales ou minoritaires.

Comme vous le voyez, nous avons des idées à proposer et je tiens à dire que nous sommes heureux de travailler avec Madame la Présidente mais aussi avec les équipes de la commission de la formation professionnelle dont nous soulignons le sérieux, l’écoute et la rigueur.

Nous maintenons cependant, Monsieur le Président, Chers collègues, que le futur ressemblera à ce que nous voulons qu’il soit et qu’il faut se donner les moyens de réussir notre pari sur l’avenir.

Malheureusement, avec une baisse de plus de 10 %, votre budget ne peut pas garantir l’orientation et / ou l’accompagnement des alsaciens qui ont besoin d’être aidés dans leur recherche ou dans le maintien de leur emploi par la formation professionnelle continue. Il est insuffisant pour assurer le développement des compétences et faire face aux mutations qui se profilent.

L’accomplissement de cette mission essentielle passe par un budget qui permette de ne pas baisser les bras face à la crise, et qui assure à un maximum de salariés une véritable sécurisation des parcours professionnels. Ainsi, le maintien du défraiement régional à 10.00 € par jour de formation depuis plus de deux ans, est significatif du manque de prise en compte des réalités auxquelles les demandeurs d’emploi sont confrontés puisqu’il n’y a pas d’indexation sur l’inflation.

Oui, le contexte régional du marché du travail est dramatique. En
12 mois, à fin septembre 2011, l’Alsace a perdu 1 100 emplois et les créations nettes d’emplois salariés ont diminué de 0.2 %. Et cela, après que l’on ait perdu 3 500 emplois au 2ème trimestre 2011. Nous sommes la seule région de France en recul sur un an ! Mais tout cela, ce ne sont pas des statistiques mes chers collègues…

Ce sont des hommes et des femmes qui souffrent dans leur dignité, mais aussi et très prosaïquement, matériellement, et parfois très douloureusement, dans leur vie quotidienne. N’essayez pas de faire croire à ces hommes et ces femmes que vous ferez aussi bien avec moins ! Ou alors, faites mieux avec plus : redonnez-leur la place qu’ils méritent : la priorité des priorités !

Monsieur le Président, Chers Collègues, tant que les moyens alloués à cette ambition ne seront pas donnés par notre collectivité, notre groupe Socialistes et Démocrates votera contre ce budget.

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