« Nous sommes opposés au principe de la vidéo-surveillance »

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Article des DNA du 24 juillet 2009 :

Point de vue / Les élus socialistes et la vidéo-surveillance

Conseillers municipaux socialistes, membres de la section colmarienne du Parti socialiste, Victorine Valentin et Pierre Leconte souhaitent réagir à la mise en service de caméras de surveillance, au centre-ville de Colmar pour commencer (DNA des 9/4 et 01/07).

« Nous sommes opposés au principe de la vidéo-surveillance parce qu’elle est attentatoire à la vie privée et que c’est un outil de contrôle social. On ne sait pas ce que deviennent les images enregistrées », dit Victorine Valentin, conseillère municipale socialiste.

Les élus PS abordent aujourd’hui la question des caméras de surveillance pour deux raisons. D’une part, ils rejettent l’opinion selon laquelle le Parti socialiste traiterait à la légère les questions de sécurité. « On en veut pour preuve la police de proximité mise en place par le gouvernement Jospin, police que la droite a rétablie sous un autre nom ». D’autre part, les deux élus socialistes ont fait leur entrée dans le conseil municipal alors que le projet de vidéo-surveillance avait déjà été approuvé.

Leur opposition s’appuie sur des exemples glanés ailleurs. « A Atlantic-City, la vidéo-surveillance n’a pas eu les résultats escomptés en matière de lutte contre la délinquance, elle a été abandonnée. A Levallois-Perret, un audit de sécurité commandé par la municipalité en 1995 a conclu à l’inutilité du dispositif », fait valoir Victorine Valentin.

Leur opposition de principe se résume à un constat : « les caméras ne remplacent pas la présence humaine. La vidéo-surveillance est un élément de déshumanisation des centres-villes. C’est un choix de société que nous condamnons ». Les élus socialistes prônent le renforcement en moyens humains des services de sécurité et de prévention avec la création de postes d’éducateurs et de médiateurs, de policiers municipaux. Et « l’ouverture de lieux d’accès à la culture ».

« On ne dit pas que rien n’existe à Colmar. Les gens font bien leur boulot avec les moyens dont ils disposent. Mais pourquoi confier à un seul directeur le centre Europe et le club Florimont-Bel Air implantés sur des territoires avec des problématiques différentes ? ». Les élus de gauche s’interrogent aussi sur les objectifs poursuivis à Colmar : « s’agit-il de prévenir les délits, d’intervenir ou d’appréhender les personnes ? » Ils estiment qu’une ville de la taille de Colmar est davantage confrontée aux incivilités qu’à la délinquance. Et citent à ce propos le premier adjoins Yves Hemedinger déclarant que 2008 avait été, à Colmar, la meilleure année depuis 10 ans en terme de baisse de la délinquance.

Les élus d’opposition reprochent au maire de relayer fidèlement dans sa ville les orientations nationales : « Le ministère de l’Intérieur a prévu 23 millions d’euros pour 600 projets alors qu’on supprime 8 300 postes dans la police ». A Colmar, les deux élus dénoncent « le coût exorbitant, 525 000 € une fois la subvention d’Etat déduite pour l’installation et la mise en route de 15 caméras sans compter les 110 000 € de frais de fonctionnement annuels et la deuxième tranche prévue pour 2010. »

« Des caméras », estime Pierre Leconte « ne chassent ni la pauvreté, ni l’exclusion, souvent à l’origine de la petite délinquance. Elles peuvent donner au citoyen l’illusion qu’on lutte contre l’insécurité ou le sentiment d’insécurité. Nous, on dit qu’il faut une action volontariste : de la prévention, si nécessaire de la répression, du dialogue, du suivi scolaire…C’est un travail de longue haleine. Dans ce domaine, on sait que rien n’est jamais acquis. ».

Enfin, les deux militants socialistes pointent du doigt le traitement inéquitable réservé aux citoyens selon qu’ils habitent dans des secteurs équipés de caméras ou non. « Si on met des caméras place Saint-Joseph, on déplacera le problème ».

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  • Cher Opsomer, Les remarques et informations apportées en commentaire à l'article des DNA vont tout à fait dans le sens des arguments que nous avions déployés avec Pierre Leconte. J'en ai fait une rédaction exhaustive que nous devons mettre en ligne. Je me propose de vous envoyer le texte si cela vous intéresse.
    par Victorine Valentin le 19/08/2009

  • Erratum : Pour Asnières-sur-Seine, c'est 2004 et non 2005. Ceci dit, voici ce qui pourrait être un mode d'emploi de la vidéosurveillance : Vous lancez quelques articles alarmistes, destinés à faire peur à la population, à l’inquiéter. La France confrontée à la guerre des rues http://www.lefigaro.fr/debats/2008/06/24/01005-20080624ARTFIG00651-la-france-confrontee-a-la-guerre-des-rues.php Le XIXe refuse l'intifada http://www.valeursactuelles.com/public/valeurs-actuelles/html/fr/articles.php?article_id=2878 Un mort relance le débat sur la vidéosurveillance http://www.rue89.com/2007/08/16/un-mort-relance-le-debat-sur-la-videosurveillance Puis vous modifiez votre vocabulaire en ne parlant pas de vidéosurveillance mais de vidéoprotection et faites simultanément publier un rapport par une haute autorité, du moins présentée comme telle. La vidéo protection : rapport de l’Institut National des Hautes Etudes de Sécurité http://www.lefigaro.fr/assets/pdf/rapportvideoprotection1.pdf Et vous l’accompagnez d’un sondage en faveur de la vidéosurveillance, d’autant plus favorable que vous aurez posé les bonnes questions et instillé précédemment l’inquiétude. Enquête « Les Français et la vidéosurveillance ». Ipsos Public Affairs / CNIL – Mars 2008. http://www.vigineo.fr/videosurveillance_sondage_cnil.html Le tout agrémenté d’un article regrettant le retard français en la matière, pointant du doigt (accusateur) les réticences absurdes face à la modernité engagée dans la lutte contre l’insécurité qui vaut bien le sacrifice de quelques libertés, fussent-elles fondamentales. Surveillance vidéo : la France peine à s'équiper http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2008/07/15/01016-20080715ARTFIG00192-surveillance-video-la-france-peine-a-s-equiper-.php Vous prenez ensuite un bon exemple à l’étranger, britannique ou italien comme dans le cas présent, omettant sciemment d’indiquer que la vidéosurveillance est pratiquement inexistante outre-Rhin par exemple. L'exemple italien des anges gardiens électroniques http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2008/07/15/01016-20080715ARTFIG00194-l-exemple-italien-des-anges-gardiens-electroniques-.php Enfin, vous donnez le moins possible de publicité aux éventuelles critiques, étouffez-les même ! Les fiascos de la vidéosurveillance http://www.liberation.fr/actualite/societe/339565.FR.php Vidéosurveillance: inefficaces, les caméras prolifèrent http://www.rue89.com/2008/06/28/videosurveillance-inefficaces-les-cameras-proliferent Grande-Bretagne: caméras partout, résultats nulle part http://www.rue89.com/2008/05/30/grande-bretagne-cameras-partout-resultats-nulle-part Vous finissez par un excellent article à ce propos : Les caméras de surveillance font chuter la délinquance http://www.varmatin.com/ra/st-tropez/136109/saint-tropez-les-cameras-de-surveillance-font-chuter-la-delinquance Au final, vos efforts seront récompensés. La vidéosurveillance célèbre son avenir radieux http://www.rue89.com/2007/11/14/la-videosurveillance-celebre-son-avenir-radieux « La sécurité sans nuages naît de la vie tranquille et retranchée des masses ». D'où la célèbre devise des Épicuriens : « Cache ta vie ».
    par Opsomer le 05/08/2009

  • Une question : qui surveillera les surveillants ? Cette interrogation est importante car la vidéosurveillance a déjà été détournée par le passé à des fins politiques (citons à titre d'exemple le scandale qu'a connu la ville d'Asnières-sur-Seine en 2005, cité alors régie par le député UMP Manuel Aeschlimann) Ceci dit, permettez-moi de participer au débat. Commençons par un extrait de presse abordant ce sujet : La vidéosurveillance, un vrai faux ami. Une petite révolution, la vidéosurveillance ? Beaucoup le disent. Liberticide pour les uns, facteur de progrès pour les autres, elle est surtout et avant tout un outil de technique policière. Mal maîtrisée et mal utilisée, elle est en fait totalement inutile. La SNCF déploie 3 000 caméras, la RATP près de 6 000. Pour des raisons assez évidentes, il est relativement difficile de surveiller autant de capteurs en temps réel. C’est donc avec un léger décalage que la vidéosurveillance va travailler, peut-être, pour la police. En ayant connaissance d’un délit, les policiers vont pouvoir tenter de récupérer les images tournées dans le périmètre d’un délit. Pour autant – et c’est une condition préalable – que les lieux comportent des caméras, et en état de marche. Très souvent, la caméra ne filme pas le délit lui-même, mais la fuite (ou l’arrivée) du ou des auteurs, qu’il faut ensuite identifier comme tels dans un flux éventuel de passagers, avant d’exploiter les éléments d’identification (taille, type de vêtements, gestuelle, etc.). […] Source : Police Pro n°8, mars-avril 2008, page 42. Un doute ? Laissons alors parler les spécialistes : D’abord, l’éditorial de « La Lettre d’information des professionnels de la sécurité, police » du 26 juillet 2008, réalisé par Sébastien Roché, directeur de recherche au CNRS et enseignant. http://www.metier-securite.fr/TPL_CODE/TPL_NWL_ART_FICHE/PAR_TPL_IDENTIFIANT/19171/121-lettre-surete-police.htm Celui-ci précise, entre autre, que « Parler de vidéoprotection constitue une erreur: cela revient à confondre les objectifs (protéger) et les moyens (capture d'images à distance et transmission à un PC ou exploitation a posteriori). Le titre cherche à légitimer une technologie en la rebaptisant: protection est connoté positivement et surveillance... négativement. Or, la technique permet bien de surveiller. Permet-elle de protéger ? ». Il précise en outre que « s’il n'y a pas d'études sur l'efficacité de la vidéo en France, c'est parce que les pouvoirs publics dont l'Inhes (Institut national des hautes études de sécurité) n'ont pas souhaité en financer ». En résumé, circulez ! Il n’y a rien à voir ! Autre spécialiste de la question : Laurent Mucchielli, chercheur au CNRS et directeur du Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales (Cesdip), Dans un article intitulé « Sécurité : le mirage technologique », publié dans Libération le samedi 15 octobre 2005, celui-ci déclare avec pertinence : « On ne peut pas dire que les techniques modernes sont inutiles. Quand on sait ce que l'on cherche, ça peut aider beaucoup. Mais si on ne sait pas ce que l'on cherche, on est automatiquement noyé dans des millions d'informations dont on ne sait que faire. La technique n'est qu'un soutien logistique à un travail de renseignement alors qu'elle est présentée aujourd'hui comme la solution miracle qui produit elle-même le renseignement. C'est là qu'est l'erreur fondamentale, le mirage de «l'enchantement technologique». Imaginez un service de police qui recevrait chaque jour des dizaines de milliers de noms de voyageurs de tous les aéroports et les gares de France et un journal de connexion avec les millions de mails échangés dans les cybercafés, comment va-t-il pouvoir les traiter ? Il faudrait des centaines de policiers spécialisés qui, la plupart du temps, ne trouveraient absolument rien d'intéressant. Sans parler du risque d'atteintes à la vie privée. De la même manière, si on met des caméras à tous les coins de centre-ville, il faudra embaucher des milliers de gens pour regarder les images collectées. Tous ces éléments techniques ne sont ni préventifs, ni dissuasifs lorsqu'ils sont dirigés vers l'espace public en général. Les techniques ne peuvent qu'appuyer les enquêtes pour trouver quelque chose après coup, si on dispose déjà de pistes. Si on ne sait pas ce que l'on cherche, la technique ne peut rien, elle est aveugle. C'est l'homme qui a des yeux et un cerveau, ce n'est pas la machine. » Ensuite, ce témoignage de Frédéric Ocqueteau, directeur de recherches au CNRS, sociologue au CERSA (Centre d’études et de recherches de science administrative), membre de l’Observatoire national de la délinquance (INHES - Ministère de l’Intérieur). Il s’est exprimé à ce sujet sur le site de Bakchich le jeudi 26 mars 2009. http://www.bakchich.info/La-videosurveillance-nouveau,07166.html Enfin, la Ligue des droits de l'Homme a dénoncé le 25 mars 2009 dans un communiqué "l'inflation de la vidéosurveillance" qu'elle juge "inefficace", "coûteuse" et "liberticide", ajoutant qu’"Aucune caméra ne peut remplacer la présence humaine dans la sécurisation des lieux qui nécessitent une surveillance particulière et qui ne sauraient se multiplier à l'infini".
    par Opsomer le 05/08/2009

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